Ace attorney : aucune objection

Mars 2006. L’amateur de jeux vidéo que je suis traverse une période de creux vidéoludique. Par lassitude autant que par méconnaissance, je me lasse et me détache de ce support. Dans mes yeux de l’époque, tout dans ce média se ressemble à s’y méprendre. Jusqu’à une découverte qui a su raviver l’envie et la curiosité et balayer certains a priori. Cette trouvaille portait un nom bien intrigant : Ace Attorney.

Lorsque je découvre les images et le principe de ce premier épisode (Ace Attorney est une série), mon intérêt s’éveille et se redresse, électrisé. Première surprise : dans ce jeu, le joueur incarnera non pas un animal gentil et facétieux ou un plombier capable de toutes les cabrioles, non pas un guerrier élu de la lumière évoluant dans un univers heroic-fantasy ou un type bodybuildé amateur de castagne, mais… un avocat de la défense.

Tiens, tiens, jouer un homme de loi. Il s’agit très certainement d’un jeu très scénarisé dans lequel la seule réelle interaction consiste à dérouler l’histoire. Pas du tout : si ce titre s’avère bel et bien un jeu à intrigue, il n’en reste pas moins… un jeu. Un jeu dans lequel on peut perdre, se tromper, être bloqué… Le principe :  dans chaque scénario, une personne accusée par la justice sollicite vos services pour la défendre au tribunal. Après une première phase de collecte d’indices arrive le plat de résistance : le procès. Durant celui-ci s’enchaînent les témoignages, tous en défaveur de votre client évidemment. Votre seule arme : éplucher chaque déclaration, y mettre à jour des failles, et exposer les contradictions en présentant à la cour les pièces à conviction qui révèlent la cruelle vérité : le témoin dépêché par l’accusation est un menteur (parfois malgré lui).

Cette mécanique simple et diablement efficace se révèle déjà forte et addictive par elle-même et se trouve sublimée par un code usuel du jeu vidéo : la montée en puissance. Chaque témoin d’une affaire sera plus retors et coriace que le précédent. Jusqu’au témoin final (généralement le véritable coupable de l’affaire, contraint par votre habileté à sortir de sa tanière), véritable « boss de fin de niveau », qui nécessitera de dénicher LE micro-détail faisant la différence, comme dans tout bon épisode de Columbo.

Avec en renfort ses personnages haut-en-couleur, ses intrigues en millefeuille ciselées et son humour confinant parfois au surréalisme, Ace Attorney parvient avec du simple texte à créer des mécaniques de jeu sophistiquées et passionnantes, de celles qui vous tiennent éveillé au beau milieu de la nuit et vous poussent à boucler l’enquête à quatre heures du matin (c’est du vécu), même s’il vous faut vous lever très tôt le lendemain. Aussi et c’est une denrée rare, Ace Attorney sait détourner les codes vidéoludiques pour les amener dans une sphère plus favorable aux réfractaires du jeu vidéo. Un jeu pour les non-joueurs en somme (mais tout de même amateurs de polars !). Une série de jeux à part quoi qu’il en soit.

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