J’adore l’hiver.
La saison où le temps s’arrête, comme une trêve au cœur d’un année trépidante. Le froid qui engourdit, le ciel encombré et paré de toutes les jolies nuances de gris, le désir de rentrer chez soi… Une longue accalmie salutaire avant le retour du soleil et l’exultation printanière.
Parmi les nombreux plaisirs qu’offre ce moment suspendu qu’est la saison hivernale, l’un d’eux se distingue. Un petit bonheur à portée de main paré de toutes les vertus. Une douceur sans pareille qui justifie presque à elle seule d’attendre impatiemment l’arrivée des mois froids après avoir profité de l’été. La gaufre.
La gaufre nous apprend la patience. Certes, il est toujours possible de la déguster après une préparation express sans plus attendre, mais, ça serait… dommage. On ne sortira pas la carte « puriste », on ne parlera pas de sacrilège (n’exagérons rien, on parle de gaufres). Mais il faut en passer par là. Le temps de repos. Une petite heure, voire une nuit complète, au terme de laquelle la pâte saura s’épanouir et nous offrir un moelleux et une légèreté incomparables. Et puis, les choses qui comptent se méritent. Quelle satisfaction de déguster après avoir été un peu frustré. Quand on aime, on sait attendre.
La gaufre nous enseigne la ténacité. La solution de facilité consisterait à préparer notre pâte sans levure ou au moyen de cette poudre à lever chimique que l’on trouve dans n’importe quel placard de cuisine. Non, trop simple. Souvenons-nous : la gaufre se mérite. L’objectif : trouver de la levure boulangère. Fraîche idéalement. Après avoir fait le tour des épiceries et supermarchés du secteur, on finira par dénicher le carré magique dans une boulangerie de quartier. Ça valait le coup de s’obstiner : la pâte sera aérée et délicieuse.
La gaufre fait aimer la diversité. La possibilité d’un choix. Avant de préparer et de déguster, il faudra décider, car une petite chose aussi simple qu’une gaufre peut prendre mille formes différentes. À la bruxelloise, légère, croustillante et fondante ? Ou à la liégeoise, moelleuse et dense ? Salée ou sucrée ? Au lard ou à la confiture ? Et pourquoi pas tenter l’aventure de la dunkerquoise, fine, craquante et racée, ou encore celle de la lilloise, tendre et délicieusement fourrée ? Comme les pâtes, les gaufres ne sont pas compliquées : tout leur va.
La gaufre apprend à être heureux. À appréhender la beauté des choses par-delà la rigueur ou l’austérité. Lorsque, enfant, on est bloqué à l’intérieur par un glacial vent d’hiver, impatient de voir revenir les beaux jours pour s’adonner sans contrainte aux joies des jeux en extérieur, une simple gaufre encore fumante, déposée nonchalamment devant soi par une grand-mère aimante, change toute la perspective. L’ouvre. Ce qui était triste se fait joyeux, ce qui était gris se mue en un arc-en-ciel monochrome, ce qui était rude dévoile sa chaleur.
Et bien entendu, la gaufre, ou plutôt les gaufres, se partagent.
Toutes ces vertus et tant d’autres au sein d’un ridicule morceau de pâte… Mangez des gaufres. En hiver. Et toute l’année.

